Pour une société libérale

la défaite de l'Occident par Emmanuel Todd

Le 20 janvier 2024

Ayant lu une interview d’Emmanuel Todt dans le Figaro indiquant qu’il avait développé dans son dernier livre une nouvelle approche du PIB, ma curiosité m’a poussé à l’acheter.
Avant d’atteindre le point qui m’intéressait, j’ai d’abord supporté une explication sociologique de la décadence due à la perte de religion qui structurait la société, surtout la protestante, source selon lui du développement économique de l’Occident. La thèse est poussée ad nauseam un peu trop loin : autant on admet évidemment que la perte de la religion modifie les fondements de la société, autant attribuer aux vertus protestantes l’efficacité économique de la civilisation occidentale en oubliant l’apport de la liberté et de la raison apporté par les Lumières paraît totalement de parti-pris.
L’auteur, tout à sa démonstration du déclin de l’Occident, cède à la malhonnêteté intellectuelle des collectivistes qui comme Piketty analysent les inégalités avant transferts sociaux pour mieux les dénoncer. Il voudrait nous faire oublier qu’en Europe comme aux Etats-Unis le niveau de vie des plus pauvres s’est bien amélioré par rapport aux années 50.
Pour en arriver au point qui m’intéressait, à savoir la remise en cause du calcul du PIB, la thèse de l’auteur est la suivante : L’évaluation de la valeur par les prix n’est pas correcte : la preuve en est que les dépenses de santé aux Etats-Unis sont plus élevées qu’en Europe alors que la mortalité y est plus importante et si on pondérait les couts de santé par leur efficacité on diminuerait d’autant la valeur du PIB.
L’auteur part d’une réalité qui m’avait déjà interpellé mais en tire des conclusions erronées : Pourquoi en effet, les dépenses de santé par personne sont bien plus élevées aux Etats-Unis qu’en France ? La réponse est pourtant simple : Aux Etats-Unis, les prix de la santé sont fixés librement entre les patients et les professionnels, en France les prix sont fixés par l’Etat. Il en résulte par exemple que le personnel de santé français est nettement bien moins payé (d’où le recrutement dans notre système de plus en plus d’immigrés qui trouvent quand même en France de meilleures rémunérations que dans leur pays d’origine). Du fait de la faiblesse de notre PIB autre que santé, nous sommes incapables de payer notre santé au vrai prix et c’est l’intervention de l’Etat qui oblige le système dans des contraintes budgétaires  telles que pour le tenir, il faut de plus en plus d’administratifs qui génère un cercle vicieux.
Son mode d’évaluation du PIB basé sur des prix fixés par la puissance publique ne vaudra pas à Todt le Nobel qu’il espère malgré ou peut-être à cause de sa culture des bonnes intentions. Il ne reflète qu’une paresse intellectuelle le laissant à la surface des choses sans rechercher les causes profondes comme le recommande l’esprit des Lumières. 
On peut le suivre lorsqu’il parle de l’influence de la famille sur la stabilité de la société, mais attribuer la prospérité aux valeurs protestantes sans tenir compte de l’individualisme créateur du libéralisme montre par trop d’œillères. Il est vrai que la cellule familiale adaptable du système libéral n’a pas une énorme résilience face au collectivisme centralisateur et son avenir est surement un défi pour la civilisation occidentale libérale.
Malheureusement l’auteur n’explore pas cette piste trop contraire à ses vues. Il nous rappelle avec raison que la civilisation peut être anéantie par les barbares mais il ne semble pas vraiment avoir choisi son camp. 
Il tombe dans une critique absurde du libéralisme globalisé qui aurait exploité le reste du monde de manière pire que le colonialisme de 1660 à 1914 !  Il oublie l’accroissement des savoirs apportés par la civilisation Occidentale que le monde entier peut utiliser aussi gratuitement qu’il peut lire Pascal ou jouer Chopin.
 

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