Mozart s'est-il contenté de naître ?

Interview réalisée dans Hebdo Bourse Plus par Yannick Urrien

parue le 13 novembre 2020 dans le numéro 1063

La période de confinement a au moins le mérite de nous permettre de découvrir des auteurs qui publient des essais uniquement en format numérique et qui ont parfois des analyses intéressantes. Tel est le cas de François de Coincy, chef d’entreprise à la retraite, qui développe des idées libérales en partant d’une analyse quasi philosophique sur l’inné et l’acquis dans son ouvrage intitulé « Mozart s’est-il contenté de  naître ? ».

L’auteur, que nous avons interrogé, revient sur l’origine de ce titre : « Il y a une question que l’on peut se poser et qui va définir un choix de société et, en fonction de ce choix de société, la réponse économique apparaît plus claire. Le choix d’une économie, c’est aussi le choix d’une vie et d’une philosophie d’existence. Si l'on choisit la liberté plutôt que le collectivisme, c’est parce que, fondamentalement, on a envie d’être libre et d’être soi-même. C’est une philosophie d’existence. Si l'on n’est pas capable de répondre à la question posée, on doit déjà essayer de se poser la question pour se comprendre soi-même. »

Selon lui, lorsque l'on entend le gouvernement expliquer que l’on résoudra tout par la croissance, cela ne signifie pas grand-chose car, derrière la croissance, il y a l’emploi : « Il y a surtout des projets. Les hommes sont faits pour faire des projets car sans projet, on n’existe pas. Notre existence est d’abord ce que l’on a envie de réaliser, même si on ne le réalise pas. Notre activité, c’est de pouvoir se projeter pour faire quelque chose, car c’est ce qui donne un sens à notre existence. C’est le mouvement et l’action. C’est pour cela qu’il ne faut pas se tromper de sens quand on réfléchit sur l’économie. Donc, c’est l’emploi qui fait la croissance et ce n’est pas la croissance qui fait l’emploi. »

Derrière l’emploi, il y a aussi l’analyse que nous pouvons faire sur notre contribution personnelle au système économique et l’auteur nous incite à réfléchir sur la richesse que nous apportons individuellement : « On se compare souvent par rapport à ses revenus, sans se poser la question de ce que l’on apporte comme richesse. Il n’y a pas uniquement le revenu que l’on tire, c’est ce que l’on apporte qui est intéressant. C’est ce qui justifie  une certaine inégalité dans les revenus. Les gens ont des capacités productives très différentes. Elle est très forte chez certains et plus faible chez d’autres. C’est ce qui justifie la nécessité d’avoir une grande solidarité entre les gens. Mais il ne faut pas oublier que la richesse se crée. Dans un monde libre, si les gens sont riches, ce n’est pas un hasard.

Dans un monde contraint, c’est différent, la richesse n’est pas nécessairement celle de notre travail. Le principe de la liberté, c’est que l’on a droit au produit de son travail et la richesse n’est pas un système de répartition, mais d’abord un système de production. »

Cependant, François de Coincy n’hésite pas à dénoncer les travers de la société : « Il y a une tentation permanente de se laisser aller vers la protection de l’État, donc vers davantage de réglementation, sans avoir beaucoup de degrés de liberté. Ce que je crois, c’est que les degrés de liberté permettent l’initiative, mais aussi de nouvelles richesses et de nouvelles avancées. Il ne faut pas oublier que seulement 40 % de la société économique est réellement libre. Le reste est un monde dirigé : je ne parle pas de réglementation, mais de marché dirigé. Quand vous avez des prix qui sont imposés, on est dans un marché dirigé. Mais quand vous avez une réglementation qui permet de clarifier les échanges, cela permet beaucoup plus de libertés. »

Cela lui donne l'opportunité de rappeler qu’un emploi de fonctionnaire a pour effet de tuer deux emplois dans le secteur marchand : « C’est une tentation permanente des politiques, parce qu’ils ont les moyens de l’État à leur disposition, des demandes permanentes, et la tentation est de répondre par un certain dirigisme en disant qu’ils vont faire toute une série de choses en embauchant des gens. Cette tentation est horrible, parce que cela nous emmène dans un monde contraint. Il faut savoir en sortir. Il aurait fallu que les décisions soient de plus en plus proches des gens : c’était l’idée de la régionalisation. Mais on a  créé des régions qui n’ont en réalité aucun pouvoir et qui ne décident rien. On n’a pas réussi à créer un système politique qui nous libère davantage. »

Le point le plus important de la démarche intellectuelle de François de Coincy porte sur  les paradoxes de cette société de plus en plus égalitaire, qui consiste à faire passer le plus productif pour un voleur : « Ce n’est pas nouveau. On dit depuis très longtemps qu’il est plus difficile à un riche d’aller au paradis... Donc, c’est depuis toujours. Il y a beaucoup plus de gens pauvres que de gens riches. Le principe du politique est de satisfaire une certaine demande, donc la tentation populiste est très importante. Elle a toujours existé, sous différentes formes. Je pense que l’on avait commencé à en sortir en parlant de la raison et non de la croyance, mais j’ai l’impression que l’on oublie cela. Il faudrait voir les choses avec beaucoup plus de raison que de croyance ».

C’est à partir de ce moment de notre entretien avec François de Coincy que nous  revenons sur le titre de son livre. En effet, il rappelle que la société cherche à corriger les inégalités d’origine sociale à la naissance, mais pas les inégalités d’origine physique : d’un enfant riche, on dira qu’il s’est contenté de naître, ce que l’on ne dira pas d’un enfant doué… Donc, on n’a pas dit de Mozart qu’il s’était contenté de naître…

L’auteur explique : « La réponse n’est pas facile. Elle demande une réflexion assez forte sur le plan philosophique, mais il faut se poser la question. On fait ce reproche aux riches, parce que c’est le hasard, mais on ne reproche pas aux gens d’être plus intelligents que les autres. Les gens qui sont plus forts ou plus beaux ont cette chance, mais cela fait partie des inégalités que, clairement, on ne corrigera jamais. Il faut que chacun s’accepte en essayant de se battre avec ses moyens. Les inégalités de fait, c’est la solidarité, mais on ne doit pas rechercher l’égalité à tout prix, parce que l’on n’y arrivera jamais. »

Dans le cadre de ce débat sur l’égalité et sur les inégalités à la naissance, on en arrive à  la question de l’héritage, que certains technocrates veulent remettre en cause. François  de Coincy a une approche presque royaliste en la matière : « Je dis qu’il faut voir  l’héritage comme une perspective. Si l'on considère que l’on est unique et que tout disparaît après nous, effectivement l’héritage n’a plus aucun sens. Si l'on se considère dans une continuité, on ne travaille pas pour soi, mais pour les gens qui vont nous succéder. C’est cette vision qu’il faut avoir. Si l'on prend un haut fonctionnaire qui va  diriger une entreprise, il a comme seul horizon l’État et c’est relativement à court terme.  Un patron de PME va penser autrement. C’est un peu comme le forestier qui plante un arbre : quand il le plante, il le voit avec les yeux de ses futurs petits-enfants. C’est en cela que l’héritage peut être une bonne chose, parce que cela engage les gens à investir,  plutôt que de consommer et de dépenser. Investir, c’est travailler en n’ayant rien en compensation, l’investissement est au bénéfice des autres. En réalité, le riche est celui qui ne consomme pas ce qu’il a produit. D’une manière générale, il y a un esprit qui arrive à  se construire au sein d'une famille et l'on va être plus tenté de faire prospérer une saga, que d’aller s’acheter un yacht ou une villa dans les Caraïbes. La vie d’un entrepreneur, c’est quand même de faire des projets et de faire de nouvelles choses. »

En conclusion, notre chronique littéraire dédiée à cet ouvrage numérique, ou e-book, permet de mettre en exergue cette réflexion : « L’acceptation individuelle de l’inégalité est possible dans un monde libre où la modification de son destin est choisie. » Cet entrepreneur a donc voulu partager avec ses lecteurs ses idées libérales en expliquant en quoi elles permettent de faire progresser la société et de nous faire progresser nous- mêmes.

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